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Les Contes Merveilleux
de Michèle Joubert
 
 
La dent du dauphin et les 4 cadeaux de la Sirène
      Depuis son enfance Gaël sait qu'il est laid, mais à cet âge,la découverte de la vie lui avait tellement occupé l'esprit que même en souffrant de sa disgrâce, il avait pu avancer jour après jour sans tomber dans l'abîme du grand malheur.
      Aujourd'hui il a vingt ans et sa souffrance est devenue trop forte pour être supportable. Comment vivre avec le regard des autres qui n'ose pas se poser sur son visage trop moche ? Comment vivre avec l'idée qu'il ne pourra jamais être aimé d'une femme et avoir des enfants ?
      Quand il était gamin, il se demandait souvent où étaient les fées auxquelles il croyait très fort. N'étaient-elles que dans les contes ? Et les Génies qui peuvent tout changer par leurs pouvoirs ? Aucun n'ont été présents à sa naissance. Seuls ses parents l'ont aidé de tout leur amour, mais ça n'a pas enlevé la laideur de son visage.
      Un jour il a consulté un chirurgien esthétique pour tout refaire, mais le travail était impossible – lui couper la tête et en remettre une autre à la place aurait été plus facile si ce genre de greffe avait existé. Le chirurgien n'a pas pu être un Génie bienfaisant.
      Alors Gaël va souvent voir la mer. Il l'aime pour ses vagues qui se font et se défont au gré du vent, se déforment mais s'embellissent toujours l'instant d'après, beauté toujours menacée mais jamais en péril durable. C'est surtout son horizon lointain qu'il aime regarder, là où elle rejoint le ciel. Qu'y a t-il là bas ? Un monde où il pourrait oublier son malheur et vivre normalement, vivre tout simplement ? Il a fait un mystère de ce lieu, un refuge, un paradis.
      Et pour y aller, il a pris des cours de navigation.
      Aujourd'hui, jour de ses vingt ans, il a loué un petit bateau et a mis enfin le cap droit devant lui, vers le paradis où la mer et le ciel s'unissent pour former l'horizon.
      Le temps est au beau, la mer roule calmement sous le bateau.
 
 
      Durant deux jours Gaël navigue ainsi, entre soleil d'or et eau d'émeraude. Et le troisième jour, un orage déchire le ciel de ses éclairs venus de l'enfer. La mer grossit, se creuse, monte ses vagues à des hauteurs cauchemardesques. Gaël ne la reconnaît plus comme ça noire, effrayante. Ecrasé sous tant de violence, il perd le contrôle de son bateau qui vire de tous côtés, prend des paquets d'eau, chavire à moitié pour la seconde d'après se redresser sur la crête d'une vague monstrueuse. "Je vais périr !" crie-t-il, mais qui pourrait l'entendre dans tout ces éléments déchaînés ? Il hurle, accroché à ce qu'il a pu trouver, il ne voit même pas quoi ; il hurle. Une déferlante achève l'horreur en prenant le bateau par le travers…Remous, tourbillons… Gaël se sent aspiré dans un trou qui l'emporte dans une spirale de fin du monde. Chute qui n'en finit plus, descente au centre de la terre ou aux enfers, il ne sait pas. Descente dans la mort a-t-il le temps de penser avant de perdre conscience.
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