C'est en blanc qu'elles s'habillent. Toujours et rien qu'en blanc. Déjà là, l'affaire n'est pas ordinaire !
Mais il y a aussi leurs noms… Où ont-elles été les chercher ou de quoi les tiennent-elles ? Rendez-vous compte : Mémé Bulle de Champ', Mémé Tête-en-désordre et Mémé Brindille.
Brindille, on s'en doute, tout est menu chez elle – les os, les pieds, le corps et la voix. Elle partira avec le vent, quand viendra l'heure de sa fin.
Pour ce qui est de Mémé Tête-en-désordre, on dit dans le village qu'elle est comme ça parce que sa maison a été visitée par un lutin qui lui en a fait voir pendant des années avant de s'en aller comme il était venu, sans bruit, sans que personne d'autre qu'elle ne l'ait vu. Depuis, elle n'entre jamais dans une pièce vide sans s'excuser auprès de quelqu'un d'invisible…"Pardonne-moi si je te dérange, mais je ne fais que passer". Ou bien : "Je prends juste ça et je sors !" Dans la cuisine, elle dit en riant : "Il faut que tu me supportes parce qu'on doit partager l'espace !" Le pire, c'est le soir quand elle regarde la télé ; elle commente tout ce qu'elle voit à cet être invisible. A n'en pas douter, elle lui demandera aussi la permission de mourir.
Quant à Mémé Bulle-de-Champ', les avis diffèrent. Pour certains, ça viendrait de ce qu'elle buvait (et continue de boire) beaucoup de champagne en cachette, parce que pour être toujours si gaie bêtement et même un peu décalée… ! Et puis cette démarche sautillante de gamine qui joue, c'est pas des façons ! Pour d'autres, c'est tout bêtement parce qu'elle est à la fois ronde et légère comme une bulle de champagne. A la fin de ses jours, tout porte à croire que son âme s'échappera de sa bulle éclatée pour s'envoler librement.
Mais moi qui connaît leur histoire, je sais qu'en vérité, elles s'appellent Marie, Jeanne et Laure. .....