D'abord Sophie ne fit pas attention aux yeux – elle ne pouvait les voir tant ils étaient noirs dans l'ombre profonde du passage souterrain. En outre, elle n'avait en tête que le rendez-vous vers lequel elle se hâtait. Et de toute façon, la traversée de ce passage qui menait à la grande route la mettait toujours mal à l'aise – trop désert, trop sombre.
A la sortie, elle cligna des yeux sous le grand soleil. La route devant elle était bordée par une haie, quelques rares arbres s'élevaient dans les champs, aucune maison n'était visible à l'entour.
Pourquoi sa grand-mère avait-elle déposé ce mot sous la porte : "J'ai besoin de toi. Après 17 h 30 ça sera trop tard." Elle l'avait trouvé à 17 h 15 en rentrant de chez une copine, et s'était donc mise en route de suite.
Sophie regarda machinalement vers la haie. "Quelqu'un est derrière", se dit-elle sans y faire plus attention que ça. Mais une centaine de mètres plus loin, elle réalisa qu'elle avait déjà ressenti cette impression en traversant le sous terrain. Pourtant rien dans la haie ne bougeait, rien ne se faisait entendre. Elle se retourna : il n'y avait personne non plus.
C'est quelques pas plus loin qu'elle aperçut dans une trouée de la haie, deux gros points noirs luisants. Elle ne pouvait se tromper tant ils se détachaient bien sur le fond de verdure de ce début d'Août. Deux triangles à vrai dire, comme des yeux de chien.
Sophie s'arrêta. Elle prit conscience du grand silence qui régnait autour d'elle ; seul le bruissement intérieur de son sang lui était perceptible. "C'est pas comme d'habitude ici !" .....