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Les Contes Merveilleux
de Michèle Joubert
 
 
La feuille morte, la pomme et le bâton

Nicolas marchait dans la forêt pour ne plus voir la misère qui collait aux murs de sa maison, qui collait à sa peau comme la lèpre. Ici, parmi les arbres, il l'oubliait. Non pas que la nature n'ait sa misère personnelle avec ses trous d'eau sale, ses arbres mutilés par les orages ou ses grottes envahies par la vermine, mais cette misère-là ne venait pas de l'injustice des hommes, alors que celle de son père abruti de travail, celle de sa mère aux mains usées par les corvées, et celle de ses frères et sœurs pleurant de faim, si !
Chacune de ses nuit passées sous les couvertures trouées par l'usure était secouée de cauchemars, chacun de ses matins était gris, chacune de ses soirées était triste près du maigre feu de la cheminée.

Il n'allait plus à l'école depuis trois jours pour ne pas entendre les autres se moquer de ses vêtements trop pauvres et de son sac trop vieux. Alors il passait ses journées dans la forêt. Les arbres étaient devenus son refuge – celui de son cœur blessé et celui qui le protégeait des bêtes. Parce que bien sûr, il y avait quand même ces bêtes qu'il ne voyait jamais mais qu'il entendait sans cesse ! Et puis il y avait le vent aussi, un vent d'automne qui soufflait aux oreilles et refroidissait le nez. Oh, il n'était pas bien méchant à cette saison, mais Nicolas le craignait pour tout ce qu'il faisait étrangement bouger dans la forêt. Il ne pensait pas qu'en fait, il allait devenir son allié. .....

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